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"Un peu avant quinze heures, nous marchions dans les couloirs d’un pas précipité. Nous avions cours dans un des bâtiments récents et nous n’avions pas la moindre idée de l’endroit où il se trouvait. Il ne nous restait que dix minutes avant d’être officiellement en retard.
— Hannah ?
Je me retournai et reconnus immédiatement la grande blonde qui me hélait, l’Australienne. Mal à l’aise, je me rendis compte que je n’avais même pas pris la peine de sortir son numéro de téléphone de mon jean. Du coup, je ne connaissais toujours pas son prénom.
— Salut, répondis-je simplement.
Tarja ne s’arrêta pas. Elle me fit signe qu’elle continuait sans moi.
— Tu es pressée ? demanda l’Australienne.
— Euh, oui. J’ai un cours dans dix minutes.
— On va boire un verre avec des amis juste à côté, à dix-sept heures, ça te dit de nous accompagner ?
—  Je ne sais pas trop, balbutiai-je, surprise, j’ai pas mal de travail et…
— Comme tu veux, me coupa-t-elle en souriant. Mais ce serait l’occasion de te faire connaître un cercle d’étudiants. Si tu changes d’avis, nous nous sommes donné rendez-vous devant la tour de l’horloge après les cours.
— Ok. Je verrai.
— Salut ! lança-t-elle en s’éloignant.
Déconcertée, je n’arrivais pas à me dire que cette fille me trouvait juste sympathique. On ne peut pas dire que j’avais été très avenante avec qu’elle jusqu’à présent. Je ne fais pas ami-ami avec l’ennemi en général, surtout quand celui-ci se plaît à me martyriser à coup de mousse à raser. Sans vouloir trop pousser la paranoïa, j’étais certaine qu’elle attendait de moi quelque chose de bien particulier. Mais quoi ? Je n’avais absolument rien à lui apporter.
Lorsque j’entrai dans la salle de TD, je trouvai Tarja assise au fond. La prof était en train de présenter son programme - L’Angleterre et la France en guerre au 14e siècle. Com-
me elle ne fit aucune remarque sur mon retard, je m’installai le plus discrètement possible près de Tarja.
— Qu’est-ce qu’elle te voulait ? chuchota-t-elle.
— Me proposer de boire un verre avec ses amis.
— Tu vas y aller ?
— Je ne sais pas. Tu m’accompagnerais ?
— Non, j’ai des tas de choses à faire.
La prof nous somma silencieusement de nous taire. Je me fis toute petite et ne pipai plus un mot jusqu’à la fin des deux heures.
Nous sortîmes soulagées un peu avant dix-sept heures. Pour la première fois depuis la rentrée, nous n’aurions aucun travail à rendre pour le cours suivant.
— Je vais les rejoindre, informai-je Tarja. Tu es sûre que tu ne veux pas venir ?
— Certaine. À plus tard.
Sur ce, elle décampa d’un pas vif dans le couloir.
Lorsque j’arrivai à la tour de l’horloge, un petit attroupement de personnes attendait déjà. L’Australienne m’accueillit avec un sourire éclatant.
— Hé,  Hannah ! C’est super que tu sois venue.
Je lui rendis un sourire timide et m’approchai de ceux que je ne connaissais pas encore.
Quelque chose m’interpella aussitôt en les observant un peu mieux. Ils avaient tous les cheveux clairs, allant du blond au roux, et les yeux plus ou moins bleus. Pour une raison que je ne m’explique pas, cela me parut louche.
Le grand gourou blond qui avait organisé le bizutage était là lui aussi, il se tourna vers moi et arbora un air goguenard.
— Rouquinette…
— Je m’appelle Hannah, lançai-je sèchement.
— Hannah. Je suis Darius, se présenta-t-il en souriant de plus belle, révélant une dentition parfaite.
— Darius ? Comme Darius 1er, grand roi de l’empire Perse ? m’exclamai-je.
— C’est ça, s’amusa-t-il. Minah, on attend encore quelqu’un ?
Ainsi l’Australienne se prénommait Minah…
— Non, on peut y aller.
— Alors, Hannah, dit Darius en se concentrant de nouveau sur moi tandis que nous avancions. Tu ne nous en veux pas trop de t’avoir si mal traitée pendant le bizutage ?
— Vous étiez obligés d’en faire des caisses ?
Il lâcha un rire gras.
— Tu verras, l’année prochaine c’est toi qui t’y colleras.
— Je ne crois pas, non. Je déteste autant être humiliée qu’humilier les autres, rétorquai-je d’un ton pincé.
— Il y a un début à tout, plastronna-t-il avec assurance. Tu verras, tu adoreras.
Je haussai les épaules sans répondre. Rien ne servait d’insister. J’avais bien compris qu’il n’était pas du genre à se laisser convaincre. Ce type respirait l’arrogance et l’entête-ment à plein nez.
Dix minutes plus tard, nous entrâmes dans un pub, The red lion. L’ambiance y était feutrée, il n’y avait presque aucun bruit. J’en ressentis un certain malaise.
En faisant le tour de la clientèle déjà présente, j’eus la vague impression qu’ils se ressemblaient tous eux aussi. Pas vraiment physiquement, mais ils avaient tous la même allure, le même genre. Les yeux clairs, les cheveux clairs. Encore…
Nous nous installâmes tous les neuf dans un parfait silence, Darius en bout de table. S’il s’était agi du roi Darius en personne, je n’aurais pas été plus amusée. Quel air suffisant il se donnait !
— Que voulez-vous boire ? finit-il par demander gaiement. Vin chaud ? C’est encore ce qu’il y a de meilleur.
Beurk ! Mais pour mon malheur, le vin chaud fit l’unanimité. Je me vis contrainte de les suivre, histoire de ne pas trop me démarquer.
J’étais sans doute la plus jeune de tous, mais de très peu. La plupart devaient avoir à peine deux ans de plus, sauf Darius, je lui donnais vingt-deux ou vingt-trois ans.
— Alors, Hannah, attaqua ce dernier, dis-nous ce que tu as choisi d’étudier.
— Histoire médiévale.
— Jefferson, Harod… que du beau monde parmi les profes-seurs… Les as-tu déjà rencontrés ?
— Oui, pour la plupart. Et toi, que fais-tu ?
Il haussa les sourcils comme s’il ne s’attendait pas à ce que je lui renvoie la question.
— Troisième cycle d’Histoire médiévale.
— Ah, bougonnai-je comme pour moi-même. Je me disais aussi… Tu sembles bien plus vieux !
Il écarquilla de grands yeux.
Rouge de honte, je ne me souvenais pas avoir déjà autant manqué de tact.
Darius se pencha en avant avec un rictus moqueur.
— Tu n’imagines pas à quel point, Rouquinette !
— Bon, n’exagère pas. Tu as quoi ? Vingt et un, vingt-deux ans ?
— Allez, on va dire que tu y es presque !
Et tous éclatèrent de rire sans que je comprenne fran-chement pourquoi.
— Pourquoi as-tu choisi St Andrews ? demanda-t-il.
Comme je l’avais fait avec Tarja, je survolai la petite histoire de ma venue en Écosse. Darius sembla très intéressé par mon cas, il me posa une multitude d’autres questions auxquelles je répondis passablement.
Lassée de cet interrogatoire, je vérifiai l’heure. Leith finis-sait son cours dans cinq minutes.
— Minah, pourrais-tu me dire comment on va au bâtiment d’Histoire de l’Art ? Il ne doit pas être très loin, non ?
Son sourcil droit se leva, affichant toute sa curiosité.
Je n’allais quand même pas devoir m’expliquer, si ?
— Tu reprends la rue principale en direction de la fac. C’est à cent mètres sur la gauche.
Je posai une pièce de deux livres devant moi, vidai d’une traite mon verre en réprimant un frémissement de dégoût, et me levai.
En ratissant la table des yeux, je remarquai que mes « amis » étudiants n’avaient pas pris la peine de toucher aux leurs. Ce qui ne n’étonna guère, c’était répugnant.
— Ça nous ferait plaisir que tu te joignes de nouveau à nous, Hannah, lança solennellement Darius pendant que j’enfilais ma parka.
— Euh… oui, à l’occasion, peut-être, répondis-je sans grande conviction.
— Le Cercle t’accueillera à bras ouverts.
Avec un sourire crispé, je tournai les talons.
« Le Cercle », Qu’est-ce que c’était que ce truc-là ? J’avais comme la nette impression que ce soir avait été l’occasion d’un recrutement en bonne et due forme. En y repensant, je n’avais été présentée qu’à Darius et aucun de ses amis, à part Minah, ne m’avait adressé la parole. Avaient-ils seulement parlé  entre eux d’ailleurs ? Je ne m’en rappelai pas. Quoi qu’il en soit, j’espérais bien avoir raté le casting.
Lorsque j’arrivai devant le département d’Histoire de l’Art, les étudiants sortaient tout juste.
— Leith ! le hélai-je en l’apercevant.
Il se tourna vers moi tout sourire avant d’avancer pour m’enlacer. Il m’embrassa tendrement sur le front et caressa mes cheveux.
— Ça c’est une merveilleuse surprise ! Tu m’attends depuis la fin de tes cours ?
— Non, je suis allée boire un verre avec des étudiants.
— Que des gens bien j’espère ?
Il avait à peine l’air de plaisanter.
— Pas sûr…
— Ah ? s’étonna-t-il, enroulant son bras autour de mon cou.
— Tu as déjà entendu parler du Cercle ?
Sa main se crispa fortement sur mon épaule.
— Ne me dis pas que tu étais avec eux ! s’étrangla-t-il.
— Si, l’Australienne m’a invitée à prendre un verre.
— Eh bien je vois que les choses vont vite ! rugit-il. Je vais les tuer !
— Mais… de quoi tu parles ?
Il s’arrêta au milieu du trottoir pour me regarder bien en face, le regard noir et foudroyant.
— Tu veux un conseil, Hannah ? Tu ne les approches plus. En fait, non, ce n’est pas un conseil. Je ne veux plus que tu les approches ! En aucun cas.
— Euh… ok, mais…
— On y va ! Je te raccompagne chez toi."
   

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