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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 12:48

Je vous l'avais promis, le voilà, le chapitre un non corrigé du tome quatre des Etoiles, en avant-première* !

 

Je ne saurais que trop recommander à ceux qui n'ont pas lu les précédents tomes de bien vouloir s'abstenir. Les spoilers sont nombreux et vous gacheraient le goût de la découverte.

 

Vous êtes prêts ? Un, deux, trois... c'est parti !

 

Bonne lecture, les Mordus !

 

 

*Je vous rappelle qu'il vous est formellement interdit de recopier ou de reproduire ce texte sous quelque forme que ce soit sans mon autorisation expresse et écrite ou celle de l'éditeur, Rebelle Editions.

 

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LES ETOILES DE NOSS HEAD - ORIGINES

 

CHAPITRE 1

 

"J’étais presque sûre à cent pour cent que Darius n’était pas dans son assiette. Il pouvait toujours dire que tout allait bien, je le connaissais suffisamment pour être convaincue du contraire. Ça faisait des jours qu’il était comme ça, le regard vide, les lèvres pincées, il me rappelait ces fois où, lorsque j’étais un ange noir, il n’avait aucune prise sur ma tristesse, ça le rongeait de l’intérieur, l’anéantissait presque.

 Je le détaillais discrètement depuis dix bonnes minutes, attendant le moment propice pour lui demander enfin ce qui le travaillait, le moment où nous serions seuls. J’aurais dû me souvenir que ces dernières semaines, obtenir un tête-à-tête avec lui se révélait impossible. Et c’était valable pour n’importe lequel d’entre nous. Il me semblait que Darius le faisait exprès. Il avait toujours quelque chose à gérer avec le Cercle, avec ses frères, ou à la fac, un peu comme s’il se forçait à occuper son temps par tous les moyens. Je commençais à sérieusement m’inquiéter pour lui.

 — Je suis fatigué, lâcha-t-il soudain.

Grigore et moi levâmes franchement les yeux sur lui. C’était la première fois que je l’entendais émettre pareille plainte. Par nature, Darius n’était jamais fatigué.

— Je suis las de tout ceci.

D’un geste de la main, depuis les bancs, il embrassa le bâtiment universitaire, ainsi que la cour de l’horloge dans laquelle nous étions installés.

— Je veux tout arrêter.

— Arrêter quoi ? l’interrogea Grigore.

— Cette éternelle répétition. Je suis là depuis des siècles, j’en ai assez.

Si mon sang ne se figea pas dans mes veines, c’est uniquement parce que je compris qu’il ne faisait nullement référence à la mort, mais à la vie qu’il menait. Darius changeait de visage régulièrement afin de pouvoir rester à St Andrews en toute discrétion. Il était arrivé ici autour de 1410, prendre une autre apparence, il avait dû le faire un nombre incalculable de fois. Or, depuis notre rencontre, il ne m’avait jamais donné l’impression de s’être lassé de sa situation. Le voir subitement si éteint me rendit triste bien au-delà des mots, cependant, je n’en dis rien.

Je n’avais pas particulièrement froid, mais par habitude, je remontai le col de ma veste pour me protéger du vent. On était mi-janvier. Moins cinq degrés et de gros nuages dans le ciel, la pluie ne tarderait pas à arriver.

— Besoin de vacances, détermina nonchalamment Grigore en époussetant son jean. Wick est un endroit sympa, tu devrais y retourner.

L’allusion me fit sourire. Grigore et moi étions manifestement du même avis. Gwen n’était pas étrangère à la morosité de Darius. Elle était rentrée à Wick pour s’occuper de sa boutique peu de temps après sa transformation et elle lui manquait. Ils se voyaient trop peu.

Darius émit un grondement sourd.

— Ce n’est pas des vacances, que je veux, mais une autre vie ! Je vais faire un tour !

Après quoi, il se leva et partit d’un pas précipité vers la sortie. Par réflexe, je bondis sur mes pieds dans l’intention de le rattraper, Grigore me retint par le poignet.

— Laisse-le. Il doit prendre une décision et il le sait.

— Je ne l’ai jamais vu aussi émotif.

Grigore se frotta la mâchoire en un signe de crispation.

— Moi non plus.

— C’est vraiment à cause de l’absence de Gwen ?

Nos regards s'accrochèrent et je lus dans le sien l’ombre d’une inquiétude qui me poussa à me rasseoir pour en connaître davantage.

— Oui et non.

— Tu développes ?

Il croisa les bras sur sa poitrine et pinça les lèvres une ou deux secondes.

— Il tient à elle, bien plus qu’il ne veut l’admettre. Il a besoin de sa compagnie.

— Mais ?

— Mais il a déjà donné son cœur une fois.

— Il a peur ?

— D'oublier Julia.

Je fronçai les sourcils en me grattant le front.

— Et c’est ce pour quoi il souhaite quitter St Andrews, parce qu’il a peur de l’oublier ? Je trouve le paradoxe plutôt étrange.

Grigore sourit.

— Je crois au contraire qu’il s’imagine que partir de St Andrews reviendrait à faire une croix définitive sur ce qu’il a vécu avec Julia. Mais s’il reste ici…

— Il ne s’engage pas avec Gwen. Pour autant, il aimerait être avec elle, non ? Sommes-nous vraiment en train de parler de Darius ? m’amusai-je presque.

Il ne m’avait jamais semblé que les histoires de cœur étaient ce qui le travaillait le plus. D’autant que lorsqu’il avait entrepris cette aventure avec Gwen, il avait donné l’impression de vouloir vivre sereinement cette nouvelle chance d’être intimement lié à quelqu’un. Mais il s’agissait de Julia. Sa Julia…

Grigore se racla la gorge.

— Écoute, il a vraiment besoin de changer d’air, il en est totalement conscient. C’est sérieux. Avant de te rencontrer, l’idée lui avait déjà effleuré l’esprit. Sa relation avec Gwen l’y incite un peu plus.

— Alors, qu’il le fasse !

Je serais sans doute intégralement déboussolée de ne plus l’avoir près de moi, mais si c’était ce qu’il désirait, je l’y encouragerais de toutes mes forces. Nul ne méritait plus que Darius de connaître la paix. Et aux côtés de Gwen, quoi qu’il en dise, il semblait heureux.

— Je t'ai expliqué ce qui le retenait.

Je poussai un long et profond soupir.

— Qu’on ne vienne plus me raconter que les femmes sont compliquées !

— Ce n’est pas moi qui l'affirmerai, gamine. Elles sont juste indéchiffrables et j’aime ça.

Je souris.

Même en ma présence, alors que je savais pertinemment que ce n’était que du vernis, Grigore n’avait pas perdu l’habitude d’appuyer sur son vieil accent roumain. Ça ne faisait aucun doute qu’il avait parfaitement conscience de la tonalité sexy qu’il en découlait.

— Que peut-on faire pour lui ? demandai-je très sérieusement.

— Rien. Ça doit venir de lui. Il est des souffrances qu’il faut exorciser soi-même, Hannah.

En lui, cette phrase sonnait sûrement comme un écho. Je plongeai dans ses yeux un court instant pour y puiser quelque vérité.

— Les tiennes le sont-elles, Grigore ?

Il ne répondit pas, mais sembla méditer la question alors qu’il savait très bien de quoi il retournait. Pour sauver sa peau, il avait participé à la mort de la jeune fille qu’il avait lui-même transformée. Son souvenir le poursuivait depuis des siècles.

— Je m’y attelle. Partons. J’ai un cours à donner.

Il s’éjecta du banc comme un ressort et me fit signe de le suivre.

Sujet clos.

Je ramassai mes affaires, calai ma besace sous le bras et marchai en direction de la salle.

Un peu avant dix-huit heures, je commençai à ranger mes notes. J’avais hâte de rentrer chez moi pour téléphoner tranquillement à Leith. Après les vacances de Noël, il était resté à Wick. Il devait travailler sur son mémoire de Master. De fait, on ne s’était pas vus depuis quinze jours. Quinze longues journées… Il me manquait. J’avais hâte qu’il rentre. Il serait là, la semaine prochaine. Mercredi soir, précisément.

J’en soupirai de dépit. Son admission en deuxième cycle changeait tellement nos habitudes. Nous vivions ensemble, certes, mais il passait plus de temps dans les bibliothèques ou les musées qu’avec moi, qu’avec moi et la meute. Il travaillait dur.

Je ne pus m’empêcher d’imaginer ce que serait notre vie, lorsqu’à la prochaine rentrée, j’intégrerai moi aussi ma quatrième année. Chacun de notre côté. L’idée me mettait de mauvaise humeur, mieux valait arrêter d’y penser.

Je pris soin d’enfiler discrètement ma veste et attendis patiemment que Grigore nous invite à partir, ce qui ne saurait tarder – c’est lui qui assurait les cours sur la Rome antique, tous les lundis du deuxième semestre.

Je m'apprêtais à boucler mon sac, lorsqu’une fragrance âcre et nauséabonde me parvint en pointillés. Instinctivement, je me frottai le nez de l’index, reniflai par à-coups et relevai la tête sur Grigore. Je le fixai avec insistance, jusqu’à ce que son regard croise le mien. Il fronçait les sourcils dans une totale stupéfaction. Sans doute n’arrivait-il pas plus que moi à identifier ce qui pouvait bien sentir aussi fort. J’avais pourtant un odorat plus aiguisé que le sien, mais même en me concentrant, il m’était impossible de définir de quoi il s’agissait, précisément. Cependant, je distinguais nettement des relents inhabituels de goudron frais, de chou pourri et de putréfaction, si bien que je dus me mettre la main devant la bouche pour retenir le haut-le-cœur qui menaçait de me faire rendre sur les bancs.

Une poignée de secondes plus tard, des « ahhh » de dégoût s’élevèrent dans l’amphithéâtre, créant un malaise croissant parmi les étudiants. Puis soudain, un pic nauséabond et bien plus franc se mêla à l’autre. Grigore devint livide, alors que les petits cheveux derrière ma nuque se dressaient.

Sans prévenir, Grigore se précipita vers la sortie. Il ne m’en fallut pas plus pour l’imiter. Je sautai par-dessus la table, laissant mes affaires derrière moi, et courus le retrouver dehors sous les cris médusés de l’assemblée.

— Grigore ! Attends ! criai-je en le voyant s’élancer dans la nuit déjà bien tombée, sous la pluie.

J’accélérai pour le suivre et le rejoignis presque aussitôt. Il s’immobilisa afin d’observer un attroupement d’une vingtaine d’étudiants postés devant la porte du local technique, juste derrière l’amphithéâtre. Aucun ne semblait vouloir prendre le risque de rater ce qu’il y avait à voir. Nous n’eûmes pas besoin de fendre la foule pour comprendre. Au fur et à mesure que nous nous étions approchés, des émanations ferreuses, rances et froides s’étaient détachées des autres. L’odeur de la mort. La mort d’un ange noir.

— Grigore…, murmurai-je d’une voix bancale.

Il baissa sur moi des yeux translucides qu’un éclat de rage faisait briller.

— Mais c’est horrible ! cria une grande rousse.

— Qu’est-ce qui a bien pu lui arriver ? gémit sa voisine.

— On dirait qu’il a été attaqué par une bête sauvage ! s’exclama une autre étudiante.

— Quelle horreur ! Il a eu la tête arrachée !

Puis nous entendîmes, M. Smith, le gardien, qui hurlait.

— Écartez-vous ! Écartez-vous, s’il vous plaît !

Il s’égosillait en vain, personne ne semblait vouloir bouger.

— Que quelqu’un prévienne le recteur !

Grigore s’apprêtait à intervenir quand il aperçut les membres du Cercle pousser tout le monde pour prendre le contrôle de la situation. Discrètement, de leur corps, ils formèrent une barrière, empêchant les bavards de passer pour aller raconter ce qu’ils avaient vu, ou alerter qui que ce soit.

Tandis que je détaillais les anges noirs un à un, mon cœur fit soudain une embardée. Où était Darius ? Le sang qui circulait dans mes veines me donna l’impression d’être en train de bouillir. Un sentiment perfide d’appréhension m’envahit. Le ventre dans un étau, alors même que je n’avais aucune preuve, j’imaginais retrouver au sol le corps inanimé de mon ami. Impossible de repérer son odeur. Désormais, pour moi, tous les anges noirs sentaient la même chose, aucun moyen de savoir.

Les yeux partout, je remarquai que Simon aussi manquait à l’appel. Ce fut plus fort que moi, je me surpris à espérer que si l’un des deux était mort, ce serait lui et pas Darius. Pas Darius, mon Dieu, je ne le supporterais pas…

On me ceintura la taille à l’instant même où je me décidai à aller vérifier pour en avoir le cœur net. D’un geste assuré, l’ange noir qui m’agrippa me fit faire volte-face.

Horrifiée, je tombai nez à nez avec Simon.

Mes genoux me lâchèrent, je crus défaillir devant lui. Je refusais de croire ce que sa présence ici pouvait bien signifier.

— Hey ! Doucement, dit-il sereinement en me retenant. N’y va pas, c’est pas beau à voir.

— Qu… quoi ?

— N’y va pas. C’est pas beau à voir.

Mon cœur battait si fort qu’il allait finir par faire éclater ma cage thoracique.

— Où est Darius ? gronda Grigore.

— Aucune idée. Son portable est éteint, mais j’étais avec lui il y a une heure, il m’a dit qu’il avait rendez-vous.

Tandis que Grigore fronçait les sourcils, j’expirai si bruyamment de soulagement que je crus avoir vidé en une seule fois tout l’air contenu dans mes poumons.

— Ce n’est pas lui ? pépiai-je en désignant l’attroupement du menton.

— Vu la taille du gars, non.

— Qui est-ce ?

Abattu, Simon fit signe qu'il n'en avait aucune idée.

— On ne peut pas le savoir comme ça...

Le visage de Grigore devint glacial.

— Il est défiguré ?

— Entièrement déchiqueté…

Sans même m’en rendre compte, je tournai la tête vers le local technique. Les étudiants formaient un rempart devant nous, nous ne pouvions rien voir. Rien, à part le sang qui se répandait à gauche du rassemblement.

— Et sa tête a disparu, ajouta Simon.

Pendant que je frémissais d’un bout à l’autre, Grigore et Simon échangèrent un regard qu’eux seuls étaient en mesure de comprendre. Je n’eus pas particulièrement le temps de m’appesantir sur leur réaction. Des effluves musqués envahirent subitement l’atmosphère, me conduisant à chercher des yeux quelques membres de la meute qui venaient à notre rencontre. Au loin, j’aperçus John, puis Tony, quelques pas derrière.

John s’adressa à moi dès qu’il arriva.

— Lequel d’entre eux est mort ?

Je lui fis signe que je ne savais pas.

— Nous ne savons pas encore, il… lui manque la tête.

— Quoi ? C’était quand ?

— Le corps vient tout juste d’être découvert. Aucune information de plus, John.

John prit un air volontaire que je ne lui connaissais pas.

— Il est toujours temps d’empêcher que la situation dégénère.

Il amorça un pas vers le rassemblement d’étudiants, aussitôt arrêté par Grigore.

— Ce n’est pas à vous de gérer ça !

Les garous, tout comme les anges noirs, étaient capables d’effacer certains fragments de la mémoire d’un homme. Mais le ton sec et froid de Grigore démontrait qu’il n’était pas disposé à jouer la carte de la collaboration. Même si les deux clans avaient coopéré dans ma quête pour redevenir humaine, la haine farouche que se vouaient nos deux races n’était pas prête de s’estomper. Ces affrontements étaient comme un immense jeu qui semblait ne jamais vouloir s’arrêter. Imaginer le contraire était aussi ridicule que croire au père Noël à vingt-cinq ans.

Grigore embrassa la scène des yeux et se tourna vers Simon.

— Va prévenir le Conseil. Il décidera de la marche à suivre.

Lequel obtempéra sans plus de recommandation.

John grogna de mécontentement.

— Avant que ces guignols n’arrivent, la nouvelle se répandra comme un feu de poudre !

S’il avait pu, Grigore l’aurait réduit en bouillie sur-le-champ.

— Mêlez-vous de ce qui vous regarde.

— Mais justement ! s’emporta John. Qu’en sera-t-il lorsque la police sera alertée ? Ce qui ne saurait tarder, n’en doute pas une seconde. Nous sommes tous concernés !

— Vous êtes concernés ? répéta Grigore que l’ironie faisait vibrer. Vous êtes donc responsables de cette boucherie ?

— Si seulement, l’exploiteur ! Si seulement !

Simultanément, il sembla chercher quelqu'un autour de lui.

— Il est où, le grand gourou ? Il préside bien à votre foutu Conseil, non ? Qu’il s’active, sinon on se charge de rectifier le tir.

Je me surpris à détailler John comme si je le voyais pour la première fois.

Les cheveux mi-longs et blonds en bataille, les yeux d’un vert profond lançant des éclairs, les pupilles dangereusement dilatées, John faisait preuve d’une autorité désarmante, alors que Tony, habituellement plus sanguin, n’avait toujours pas ouvert la bouche.

— John…, tentai-je de le calmer en posant la main sur son avant-bras.

— Quoi ? Tu prendrais le risque que tout soit dévoilé, Hannah ?

Sa façon de me regarder était si pénétrante que je détournai les yeux. Non, bien sûr que non, je ne voulais prendre aucun risque. Les gens ne devaient pas se souvenir de ça…

— Grigore, il a raison, plaidai-je. Avaler leur mémoire, c’est ce qu'ordonnera le Conseil, au bout du compte, non ? Je sais que vous ne fonctionnez pas comme ça, mais commencez avant qu’il n’intervienne. C’est plus prudent.

Les yeux dans les miens, Grigore sembla analyser la situation. Il rechignait à prendre la décision sans l’avis de ses pairs. Je me souvenais que lorsqu'Ewan, Oliver et Pitt en avaient après moi, le Conseil avait été consulté pour connaître la marche à suivre, c’est même la raison pour laquelle ils étaient intervenus dans le parking. Le respect des règles était très important pour maintenir la paix à St Andrews, cependant, il finit par hocher la tête.

John n’attendit pas un signal de plus et m’attrapa par le poignet pour m’entraîner avec lui.

Surprise, je fis un pas en arrière au lieu d’avancer.

— Quoi ?

Je secouai le menton, sensiblement en panique.

— Je n’ai jamais fait ça.

Il plissa les paupières comme s’il réalisait enfin qu’être un garou n’était pas ce qui s'avérait être le plus naturel chez moi. Même si j’avais considérablement progressé, en un peu plus d’un an, j’étais loin d’avoir appris tout ce que je devais savoir. Ma transformation avait été si brutale… Le mode d’emploi lupin n’était pas totalement assimilé. Il subsistait tant de choses qui m’étaient encore parfaitement inconnues.

— Pressons ! s’irrita-t-il en enjoignant à Tony de le suivre.

Quand ils virent avancer Tony, John et Grigore, le reste des membres du Cercle comprirent ce qu’ils avaient à faire.

Aussi impressionnant que fût leur tour de passe-passe, un instant, j’eus peur qu’ils ne puissent maîtriser entièrement la situation et que quelques étudiants plus malins que les autres aient réussi à sortir des rangs afin de répandre la nouvelle comme une traînée de poudre. Si c’était le cas, il serait alors impossible de contrôler tout le monde et les autorités finiraient forcément par s’en mêler. Avec tout ce que cela comportait comme risque, j’en eus une remontée acide dans la gorge tout à fait désagréable.

Pas plus de cinq minutes plus tard, nous vîmes arriver trois membres du Conseil.

— Où est Darius ? demanda celui qui avait les cheveux grisonnants.

— Il n’a pas été averti, répondit Grigore.

— Pour quelle raison ?

— Injoignable. On fait quoi ?

L’ange noir lui jeta un regard lourd de reproches, bien qu’il fût satisfait du résultat, puis il s’attarda sur le local technique, grand ouvert.

— Vous avez réparé les dégâts sans notre aval, il semblerait. À présent, fermez cette porte et éloignez ces gens. Nous nous occupons du corps.

Grigore hocha la tête.

— Regardez dans cette direction, leur ordonna-t-il en montrant de l’index le toit du bâtiment administratif.

Quelque peu déboussolés, le gardien et les étudiants levèrent tous le nez dans la même direction, sans avoir la moindre idée de ce qu’ils devaient précisément observer, permettant aux membres du Conseil de terminer le travail en toute discrétion. Voir tous ces gens manipulés dans une totale inconscience avait quelque chose d’intolérable et d’effrayant.

La pluie redoubla d’intensité, si bien que les quelques curieux qui nous avaient rejoints pour en savoir plus battirent rapidement en retraite et laissèrent le champ libre.

— Laisse-les se débrouiller, maintenant, viens avec nous, m’enjoignit fermement John.

J’en restai une ou deux secondes bouche bée. Quelle mouche l’avait piqué ? Était-ce l’absence prolongée de Leith qui le rendait si prompt à donner des ordres ? Jusqu’à présent, je ne lui connaissais pas le tempérament d’un alpha et de ce que j’en savais, personne ne lui avait demandé de remplacer le chef de meute. Alors quoi ? Son comportement ne me plaisait pas du tout. Malgré tout, je levai calmement les paupières vers lui.

— Partez sans moi, j’aimerais téléphoner à Leith.

Agacé, il gonfla les narines, mais n’osa pas s’opposer.

— Comme tu voudras.

Puis il fit demi-tour sans un mot de plus.

— À plus tard, Hannah, dit doucement Tony qui articulait sa première phrase.

Je les suivis des yeux en fronçant les sourcils. Ça ne tournait pas rond.

— Un problème ? demanda Grigore.

— Hum… Oui. Non. Peut-être. Je ne sais pas. Je dois passer un coup de fil.

Il hocha le menton et me laissa m’éloigner.

— Hannah ! me héla-t-il juste avant que je ne bifurque sur la gauche.

Je stoppai net pour me retourner.

— Retrouve-nous au 9, si tu as un moment. Nous devons parler.

Je n’étais pas convaincue qu’un garou y soit particulièrement bien accueilli.

Je dus faire une drôle de tête, car il me considéra d’un air contrarié avant de se reprendre.

— Au Corner, dans ce cas !

Je lui fis signe de la tête que oui avant de disparaître à l’angle de l’immeuble.

Je poussai la porte de l’amphi pour récupérer la besace que j’avais laissée sur place et m’installai sur un banc afin de composer le numéro de téléphone de Leith. Je tombai directement sur sa boîte vocale.

— C’est Hannah. Quand tu auras mon message, rappelle-moi. Il vient de se passer quelque chose à la fac. Ça ne me concerne pas, mais il vaut mieux que tu le saches. J’espère que ça va de ton côté. Tu me manques…

Je raccrochai, regardai le tableau blanc en face de moi un moment, puis lâchai un long soupir en rejetant la tête en arrière.

Qui pouvait bien être responsable d’une chose pareille ?

Personne n’en avait fait allusion, mais lors d’un combat mortel, déchiqueter le corps d'un vampire est propre aux garous. Ils mordent, lacèrent leur proie, puis ils leur arrachent la tête. C’est ainsi qu’avait procédé Tarja quand elle avait massacré Minah, quelques mois plus tôt. Idem pour la meute sur le terrain de l’oncle de Dan, en affrontant les sbires de Pietro. Quant aux anges noirs, ils ne se tuent pas de cette manière. Ils ne se tuent, pour ainsi dire, presque jamais, sûrement pas dans une ville régit par un traité de paix existant depuis des siècles et encore moins dans un lieu public. Mais je pouvais dire la même chose de la communauté garole de St Andrews. J’aurais mis ma main au feu qu’aucun loup ne romprait jamais le traité de manière si peu subtile. Même en enfreignant les règles, Tarja avait sonné le glas en pleine nuit, sur une plage reculée de St Andrews. Quelle créature avait pu pousser l’audace ou l’inconscience d'en massacrer une autre au nez et à la barbe de celles qui fréquentaient l’université ? Qui avait pu prendre le risque d’être remarqué par une foule d’humains ? Et la tête emportée ? Pourquoi ? Pour un peu, j’en aurais été prise de nausée.

Ça faisait bien trop longtemps que le calme régnait. Douze mois sans un accroc, j’avais fini par m’habituer. Morose, je jetai mon portable dans mon sac et sortis de la salle d’un pas lent.

 J’allais rejoindre Grigore au Corner."

 

©Sophie Jomain/Rebelle Editions, tout droit réservé.

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commentaires

femme russe Dijon 23/01/2013 08:31


Juste pour te dire merci !

poupougne 08/12/2012 21:57


Ca va être trés long d'attendre la sortie avec un début pareil!!!


merci pour cet extrait.

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